Recyclage des vêtements professionnels : comment une filière française est née | RECYGO
De FRIVEP à FIREX et FREPI, découvrez comment La Poste, RECYGO et NFT ont contribué à faire émerger une filière française du recyclage des vêtements professionnels.

Comment la France construit une filière de recyclage des vêtements professionnels
Longtemps dépourvus de solution industrielle adaptée, les vêtements professionnels en fin de vie peuvent désormais être recyclés en France. FRIVEP, FIREX et FREPI racontent les étapes de cette construction collective, jusqu’au partenariat aujourd’hui opérationnel entre RECYGO et Nouvelles Fibres Textiles.
Uniformes, vêtements de travail, blouses, tenues médicales, vêtements haute visibilité ou équipements de protection individuelle : pendant des années, ces produits ont constitué l’un des angles morts de l’économie circulaire.
Leur composition complexe, la présence de nombreuses matières et d’éléments techniques, ainsi que la dispersion des gisements entre de nombreux sites rendaient leur récupération et leur recyclage difficiles. Il manquait surtout un outil capable de transformer des flux hétérogènes en matières suffisamment homogènes pour répondre aux besoins des industriels.
Depuis 2016, plusieurs projets collaboratifs ont progressivement permis de mieux connaître ces gisements, de tester les solutions techniques et de poser les bases d’une filière industrielle française. Depuis le 1er janvier 2025, cette filière permet aux entreprises de se conformer à l’obligation de tri et de valorisation des textiles et vêtements professionnels.
FRIVEP : étudier la faisabilité d’une filière nationale dès 2016
Le projet FRIVEP, pour Filière de Réemploi et de Recyclage Industrielle des Vêtements Professionnels, est lancé le 27 avril 2016 dans le cadre des premiers Engagements pour la Croissance Verte. L’engagement est ensuite signé avec l’État le 28 novembre 2016.
Coordonné par ORÉE, FRIVEP associe dès son lancement des donneurs d’ordres comme la SNCF, La Poste et la Ville de Paris, ainsi que plusieurs industriels et acteurs de la valorisation : Innortex-Moncorgé, Les Filatures du Parc, Bilum, Sympatex, TDV Industries et Synergies TLC. La Fédération des entreprises de propreté et l’ADEME participent également à cette dynamique.
Le projet avance en plusieurs étapes :
• en 2016 et 2017, une étude de faisabilité technico-financière cartographie les solutions de tri et de recyclage, les scénarios de démantèlement et les modèles économiques possibles ;
• de 2017 au début de 2018, les partenaires préparent le cahier des charges d’une opération pilote ;
• de juin 2018 à décembre 2019, une phase expérimentale teste en conditions réelles la collecte, le tri, le démantèlement, les débouchés matière et les coûts logistiques.
Cette expérimentation est financée par les donneurs d’ordres, notamment la SNCF, La Poste, la Ville de Paris, le ministère des Armées et le ministère de l’Intérieur, avec la FEP-FARE Propreté et l’ADEME. Un livret d’écoconception publié par ORÉE en 2020 capitalise ensuite sur les enseignements du projet.
FIREX : passer du pilote à l’échelle industrielle
Lancé en 2022, FIREX marque une nouvelle étape. Le projet, prévu sur la période 2022-2025, est financé par l’État dans le cadre du programme d’investissements désormais intégré à France 2030 et opéré par l’ADEME.
Son consortium réunit cinq partenaires complémentaires : Synergies TLC, Les Tissages de Charlieu, TDV Industries, MAPEA et le CETI, Centre Européen des Textiles Innovants.
FIREX travaille sur trois briques industrielles :
• le tri et le délissage automatisés, pour séparer les textiles par matière et par couleur et retirer les éléments perturbateurs ;
• l’effilochage et la filature, afin de produire de nouvelles fibres et de nouveaux fils ;
• le compoundage, pour transformer certains textiles en matières destinées à la plasturgie.
Les vêtements professionnels et les chutes de production font partie des premiers gisements ciblés. Leur disponibilité et la diversité de leurs compositions en font un terrain pertinent pour développer et fiabiliser ces procédés.
Nouvelles Fibres Textiles : le maillon industriel qui manquait
La dynamique de FIREX se concrétise avec Nouvelles Fibres Textiles, ou NFT. Son premier site industriel d’Amplepuis, dans le Rhône, est inauguré en novembre 2023 avec le soutien de l’ADEME.
NFT apporte le maillon qui manquait entre la collecte et les débouchés industriels. L’outil permet de contrôler les apports, de délisser les vêtements, puis de trier automatiquement les textiles selon leur composition et leur couleur. Les flux préparés peuvent être orientés vers le recyclage mécanique, la filature, les matériaux non tissés ou la plasturgie, selon leurs caractéristiques et les débouchés disponibles.
FREPI : préparer le recyclage des tenues haute visibilité
Dans la continuité de FRIVEP et de FIREX, le projet FREPI, pour Filière de Recyclage des Équipements de Protection Individuelle, est lancé en 2023 afin de travailler sur la fin de vie des tenues haute visibilité.
Porté par ORÉE, avec l’appui technique d’Ovvio et le soutien financier de l’ADEME, FREPI se concentre à ce stade sur les tenues haute visibilité. Les gants, casques et autres EPI ne sont pas inclus dans le périmètre initial.
FREPI 1, de 2023 à 2026
Cette première phase vise à caractériser les gisements, tester le tri et le délissage automatisés, conduire des essais industriels et travailler sur l’écoconception, l’incorporation de matières recyclées et les modèles économiques.
FREPI 2, de 2026 à 2027
La deuxième phase doit permettre de passer de l’expérimentation à une structuration plus large de la filière. RECYGO participe aujourd’hui aux travaux animés par ORÉE dans ce cadre, afin de faire remonter les réalités opérationnelles de la collecte et de contribuer à la construction des prochaines solutions.
La Poste : présente depuis les premiers travaux et parmi les premiers utilisateurs de NFT
La Poste est engagée dans cette histoire depuis FRIVEP. Dès 2016, elle fait partie des donneurs d’ordres associés au projet, puis contribue au financement de sa phase expérimentale entre juin 2018 et décembre 2019.
Via RECYGO, La Poste a également été l’une des premières grandes organisations à apporter ses propres vêtements professionnels chez NFT. Dès 2024, près de 30 tonnes de vêtements de facteurs ont ainsi été orientées vers la nouvelle filière.
Cette expérience a démontré qu’il était possible de récupérer des vêtements répartis sur un vaste réseau, de massifier les volumes, d’assurer leur traçabilité puis de les orienter vers un outil industriel français.
RECYGO et NFT : un partenariat désormais opérationnel
Après plusieurs années de travaux, la filière n’est plus seulement un projet de recherche. Le partenariat entre RECYGO et NFT permet aujourd’hui de prendre en charge les vêtements professionnels des entreprises et des collectivités.
• RECYGO organise la récupération et la logistique, en s’appuyant sur le maillage territorial de La Poste ;
• NFT assure le contrôle, le délissage et le tri automatisé par matière et par couleur ;
• les matières préparées sont orientées vers les débouchés disponibles dans le textile, les matériaux non tissés ou la plasturgie.
Cette complémentarité relie un gisement national très dispersé à un outil de tri industriel. Elle rend accessible aux entreprises une solution française, tracée et conçue pour les spécificités des vêtements professionnels.
Le plus : les vêtements logotés ou porteurs d’un grade sont sont détruits par le procédé de recyclage : un gage de sécurité pour de nombreuses entreprises.
Pour comprendre le parcours des matières après collecte, consultez Que deviennent vos textiles et EPI professionnels ?
Une filière française qui continue de progresser
FRIVEP a permis d’étudier la faisabilité et de tester les premières solutions. FIREX a engagé leur industrialisation. NFT a créé le maillon de tri automatisé nécessaire au passage à l’échelle. FREPI prépare les solutions dédiées aux tenues haute visibilité.
Avec le partenariat RECYGO-NFT et la participation de RECYGO aux travaux FREPI d’ORÉE, cette dynamique se poursuit à la fois sur le terrain et dans les projets qui préparent les solutions de demain.
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